
Je suis rentré de mon périple en peuple périlleux avec la vague idée que je n’avais plus rien à dire sur ce blogue. Là où j’étais, j’ai simplement passé mon temps à jouir de chaque instant en me laissant porter pendant trois semaines par un temps qui s’écoule différemment en Berbérie centrale (Algérie). Mon ami d’enfance m’a reçu chaleureusement et, comme l’an passé, a réussi à me faire oublier totalement ma Sarkozie natale. Trois semaines de sevrage et je vous garantis qu’en rentrant, l’impression que tout va pour le mieux dans le pays se fait tenace.

Tout allait donc bien jusqu’à ce coup de fil reçu hier soir à une heure si tardive qu’il ne pouvait que s’agir d’une urgence très urgente : “Allô, la France va mal… je suis très mal…”. Evidemment, je résume à l’essentiel car j’ai mis un temps avant de saisir que derrière beaucoup d’ironie et de dérision se cachait un formidable appel au secours. Reçu 5 sur 5. La sarkolèpre continue à s’étendre et moi, trop tranquille dans mon mal-être rémunéré, j’avais pris un tel recul que je ne prononçais même plus le mot “sarko” devant mon pote le psy. Exorcisé, le mal pourri.

Que faire sinon reprendre ma plume virtuelle, puisqu’on me supplie de continuer alzaz et son graal ? Mon blogue aurait-il quelque vertu thérapeutique ? apaisante ? permettez-moi d’en douter franchement. Il n’offre aucune solution et ne consiste qu’en une sempiternelle quête ; je farfouille de ci de là à la manière d’une taupe, aveugle, pour ne tomber que sur de maigres vers de terre philosophiques dont je veux faire profiter tout le monde.

D’abord, je ne suis qu’un humble apprenti et ça dure ainsi depuis l’adolescence. Je suis donc un bon à rien ; çe qui ne me gène pas vraiment si ce n’est cette éternelle question récurrente à faire souffrir : “Qu’est-ce que réussir sa vie ?“. Je viens, pour exemple, de terminer l’ouvrage “Sur le plaisir” de Lorenzo Valla . Sa lecture, sous le soleil chaud de l’Algérie, m’a procuré de fines jouissures mais à part avoir compris qu’il s’agissait d’un banquet philosophique à la Socrate, mettant en scène un stoïcien, un épicurien et un épicurien chrétien, il me faudra le relire dans quelques temps quand tout aura décanté : je ne suis pas une flêche ! sûr que je suis d’en extirper plus de substance la prochaine fois afin de me laisser un peu plus aller à la volupté absolue.

Jouir, c’est le chemin sur lequel je retombe toujours. Mais pas n’importe quelle jouissance. En qualité, pas en quantité, telle pourrait être ma devise d’épicurien. Car je n’ai d’autre réponse que celle-là : vos maux sont vos turpitudes, changez-vous vous-mêmes. Vous voyez la vie laide, voyez-la belle. Vous détachez la mort de la vie, rattachez-les ensemble. Se concevoir comme immortel empêche d’apprécier l’éphémère instant de l’âme.

Cela peut paraître pédant et trop vite envoyé. Je sais que quand on bosse pour nourrir une famille de petits z-enfants on n’a pas bien le temps d’appliquer mes solutions poétiques. Cependant, la mise en pratique systématique du principe d’ataraxie permet de s’éviter bien des tourments. Pour ma part et si je devais travailler à nouveau -mon invalidité ne sera pas toujours valide-, je romprais toutes les attaches qui m’entraveraient, tous ces liens qu’on a tissé par peur de la solitude -qui est d’être avec soi-même- et qui nous rendent plus seuls que jamais. Je vendrais mes quelques biens, je viderais mes comptes banquaires -enfin, ce qu’il y a- et j’irais me finir dans une tribu de Nouvelle-Calédonie ou d’Haïti car là où il y a des pauvres plus pauvres que soi, on ne peut qu’être utile.

Ici, c’est mort. Résister me direz-vous. Pour quoi faire si ça n’évite pas d’être taciturne ? ou même de tourner en rond -nos blogues finissent par se répéter. Mais je vais reprendre mes périgrinations bloguesques et alzaziennes en attendant que l’hiver passe et que mon état de finance s’améliore ; ça coûte cher le plaisir et je vous en offre un vague aperçu avec ces quelques clichés. Si nos sens nous trompent parfois, bien que ce soit toujours le cerveau qui déconne, je me suis délecté des couleurs automnales que prenait la vallée du Chelif. Dans l’avion, à l’aller comme au retour, j’ai feuilleté une revue de philosophie qui présentait un bref mais enrichissant éventail de l’histoire de la philo. Autant m’en servir dans mes prochains articles…

De retour…
Posted in En Sarkosie, Le souverain bien on 9 novembre 2009 by alzazL’EPISTEMOLOGIE
Posted in Epistémologie, Le vrai le faux occidentaux avec des tags épistémologie, Bertrand Russell, connaissance, critique de la science, Emmanuel Kant, le Faux, le Vrai, objectivité, rationalisme, rationalité de l'étendue, rationalité de la perception, rationalité du langage, réalité, René Descartes, savoir, science, subjectivité, vérité on 1 septembre 2009 by alzazL’EPISTEMOLOGIE OU L’ETUDE DU SAVOIR NOBLE
Chez les Grecs de l’Antiquité, la connaissance était de trois sortes :
- la « gnomè » ou savoir vulgaire ; celui du grand nombre guidé par l’intuition (instinct) ; c’est un savoir entaché de fausseté, de croyance, de superstition…
- « l’épistémè » ou savoir noble ; celui du philosophe, de l’érudit, du savant ; de l’amateur de vérité,
- le « noûs » où savoir total et sagesse ne font qu‘un.
Chez nous, la plèbe d’aujourd’hui, savoir, connaissance et science se confondent facilement mais je prendrai le mot « science » ainsi que le font les anglo-saxons, c’est-à-dire comme expression des connaissances du moment (épistémè) en général et au sens large – chez les Français, la tradition l’associe davantage à la technicité et à la méthode dite scientifique. D’où, la traduction du terme épistémologie par « théorie de la connaissance » : autrement dit la critique et l’analyse du savoir comme expérience débordant la science.

Chez nos Antiques, réflexion philosophique et science étaient indissociables et cette cohérence venait en partie de ce que la science de l’époque manquait d’une grande pluralité. La complexité de la science moderne, ou science au sens strict, a créé une démarcation assez nette entre les champs philosophique et scientifique. Cependant, au fur et à mesure des découvertes post-coperniciennes, la promesse d’un bonheur humain totalement conditionné par la science ne semblant pas se réaliser, nombre de philosophes ont polémiqué sur la portée et la valeur de cette connaissance.
Par ailleurs, cette multiplicité des domaines scientifiques et des procédures conceptuelles qui les accompagnent devraient nous empêcher d’employer le mot « science » au singulier car se pose le problème de son unité. Les sciences, donc, ont leur histoire qui devra aller de paire avec toute réflexion philosophico-épistémologique si l’on veut un tant soit peu redonner une unité au savoir humain.
Actuellement, l’accélération du progrès scientifique et les pouvoirs que confère le savoir à ceux qui le détiennent sonne l’urgence d’une réflexion à la fois épistémologique (valeur de la science), éthique (raison de la science) et politique (rôle de la science). A ce « capitalisme » scientifique par accumulation de savoirs et qui peut générer des confusions mentales et des dérives, vient se rajouter la mode répandue pour ce qui paraît surnaturel, incompréhensible et irrationnel. Encore faut-il rappeler que science et subjectivité ne doivent s’accorder ; l’une relevant de la raison universelle, l’autre étant le produit d’une émotion spécifique à chacun. Le philosophe s’en tiendra à une approche de la science déshabillée du monde des passions.
Qu’on ne s’y méprenne pas, s’il m’arrive parfois de traduire « épistémologie » par « science de la science », il s’agit en fait d’un raccourci assez réducteur mais qui permet au profane de s’en faire une idée. L’épistémologue devra se pencher tout aussi bien sur l’histoire des sciences (actes) que sur les oeuvres littéraires qui les concernent (philologie); il s’attellera à une étude sociologique de leur organisation et des institutions scientifiques ; il devra également cerner leur incidence dans la vie sociale. Ce, afin d’en connaître seulement le contexte. La démarche sera complète après travail philosophique, avec pour seules mais cruciales contraintes de ne point sombrer dans l’idéologie scientiste ou antiscientifique et de faire preuve constante d’humilité ; l’épistémologue ayant beau être savant il n’en est pas moins homme… faillible. Ainsi, d’après Gilles Gaston Granger, la classification suivante :
La philosophie de la science ou l’épistémologie post-cartésienne :
C’est Descartes qui marquera la première grande étape de l’épistémologie. Sa réflexion le portera dans un premier temps à exprimer la notion de « rationalité de l’étendue » en réduisant la géométrie à une algèbre, c’est-à-dire au calcul. C’est donc la mathématique qui nous permet, selon le philosophe, de connaître, sans ambiguïté et dans leur être même, les substances matérielles.
Mais Descartes marquera aussi son temps par l’importance qu’il attribuait à l’expérimentation. Mais l’expérience peut confirmer par les résultats une hypothèse déduite par raisonnement méthodique sans pour autant que celle-ci puisse être démontrée. Lorsqu’il ne pouvait démontrer la cause d’un phénomène, il s’appuyait sur la puissance divine.
La philosophie transcendantale ou l’épistémologie post-kantienne :
Kant a établi un lien très fort entre l’objet de la science et son prolongement direct, l’objet perçu. Il développa ainsi sa théorie de la « rationalité de la perception ». C’est parce qu’il y a des formes a priori, c’est-à-dire prédéterminées, de la perception que la science devient possible. Chez Kant, la physique devient le modèle le plus complet de la connaissance scientifique de ce monde, connaissance prise comme activité de « l’entendement ». C’est sur la notion d’a-priori que le regard des épistémologues se portera car, si notre science nous permet bien a priori de décrire les objets physiques, les règles établies relèvent davantage d’un choix opportun que de contraintes incontournables inhérentes à la pensée humaine. On pourrait tout aussi bien arriver à décrire ce monde comme si l’univers était non euclidien.
La critique de la conception kantienne de la science a conduit surtout à rejeter l’idée de finalité dans l’univers dès lors qu’on a pu formuler une théorie de l’évolution de la vie assez cohérente et ne reposant sur aucun a priori divinement transcendantal.
La philosophie de la logique ou l’épistémologie post-russellienne :
Plus contemporain est Bertrand Russell, philosophe qui opposera au rationalisme kantien de la perception son rationalisme du langage. Son œuvre épistémologique reposera sur la mise au point d’un système symbolique aux règles rigoureuses permettant de dépasser le champ mathématique de la science et de faire apparaître la forme logique de cette dernière. Russell était assez préoccupé par la nécessité idéale d’une expression logique du savoir.
Après la mathématique géométrique vue par Descartes et la physique prédéterminée vue par Kant, les sciences naturelles puis les sciences humaines feront l’objet, grâce à Russell, de la philosophie analytique tendant à montrer l’impact de la langue naturelle sur la pensée scientifique autant que sur la pensée en général.

Dans la rubrique « Le vrai le faux occidentaux », vous avez pu lire cinq textes d’inspiration épistémologique (L’ARCHE DE NOE ET LA SCIENCE, LE FAUX LE VRAI, GOETHE L’HERESIARQUE, EVOLUTIONNISME ET SPIRITISME : LE CAS WALLACE et CANTOR, L’INFINI ET DIEU) dans lesquels le spécialiste reconnaîtra les trois courants de pensée. Je tenais à y montrer qu’il n’y a pas de science possible sans objectivité maximale, c’est-à-dire que le sujet observant doit s’effacer autant que faire se peut devant l’objet observé ; il fallait également entendre que le rationnel doit se rendre maître de l’irrationnel en s’appuyant sur une logique mathématique et de langage, dénuée d’a-priori et de finalité idéologique.
De l’erreur irrationnelle et/ou idéologique naissent le scientisme (la science peut tout), l’occultisme (le savoir comme mystère) et l’ésotérisme (le savoir est caché au vulgum pecus). Au lieu de servir de phare pour éclairer la marche de l’humanité, la science pourrait conduire aux pires des régimes totalitaires. L’homme est avant tout poète, conçu pour le rêve, à l’égal des dieux comme créateur d’idées, à leur image en terme de puissance, encore ne faudrait-il pas en oublier la supposée sagesse absolue.
Je soulignerai pour terminer, le malheureux amalgame fait entre vérité et réalité. Que ne m’affirme-t-on pas lors de discussions, et c’est paradoxal, que la vérité n’existe pas, en enchaînant une phrase avec son bien faux synonyme : « …surtout que la réalité blablabla ». Précisons tout de même : chacun construit sa réalité, une réalité parmi les 6,5 milliards d‘autres, alors que la vérité « est », unique, universelle. Nos cinq sens, lorsqu’ils sont intègres, ne nous trompent pas en vérité, c’est notre Ego qui s’en charge. Alors comment distinguer le vrai du faux ? Le faux, nous le fabriquons comme « vérité » pour arranger ou flatter l’Ego ; quant à la vérité, c’est ce qui, le plus souvent, nous blesse et nous gène profondément, nous qui vivons dans le mensonge organisé. Ce qui m’humilie, qui me rappelle à mon humilité (humus = terre), est fréquemment Vérité.
Autre fait de la science qu’ausculte, dans les années 1970-1980, l’épistémologue Pierre Thuillier. Son opinion est celle du penseur qui se veut objectif ; il écarte donc l’existence d’arrière-monde, par respect du principe d’économie, pour ne composer qu‘avec celui-ci. Le scientifique, tout comme l’épistémologue par ailleurs, cherche à comprendre les choses telles qu’elles sont et non telles qu’on voudrait qu’elles soient. L’alchimiste, grand enfant bourré d‘imagination, ne trouve presque jamais l’objet de sa quête et pourtant nombre de « savants » pensent un jour réussir à montrer que Dieu ne joue pas aux dés ou encore qu’il a écrit l’Univers en langage mathématique. Ce sera le cas de ce mathématicien de génie auquel on doit tout de même la découverte des ensembles mathématiques -science qui a mis près d’un siècle à s’imposer dans les programmes scolaires des années 1970 avant d’être abandonnée tant elle est difficilement assimilable par les élèves. L’amour des mathématiques que les hommes attribuent à Dieu ne date pas d’hier. Platon pensait très fort que les dieux passaient une bonne partie de leur temps à faire de la géométrie. Johannes Kepler était persuadé que celui d’Abraham avait écrit le monde sur une partition musicale, la musique étant une forme particulière dans la mathématique, chaque planète possédant un gamme propre ; cela n‘a pas convaincu la communauté des mathématiciens. Leibniz, de son côté, déclara que le monde était tout bonnement le résultat d’un calcul divin.
Avant le XVIIème siècle, l’Eglise a joué un rôle assez remarquable dans l’évolution des mathématiques. Elle en était aussi le frein, paradoxalement. Les Lumières ont permis au moins d’effectuer une répartition des tâches, les mathématiciens s’occupant peu à peu uniquement de mathématiques et l’Eglise devant se contenter de théologie. Les mathématiques ne doivent avoir aucun lien à la morale, elle ne font que produire des axiomes, des théorèmes et résoudre des équations… Cantor est un mathématicien, il n’y a pas de doute ; on lui doit non seulement la théorie des ensembles mais aussi tout un champ d’investigation laissé libre après sa mort sur les nombres transfinis (gasp !) et l’hypothèse du continu concernant les liens entre ces nouveaux ensembles (re-gasp !).
Toute la problématique de Cantor réside dans le fait que le monde est bien infini, comme l’affirma Giordano Bruno avant d’être mis sur le bûcher en 1600, et que cet infini échappe à notre sens, même mathématique. S’appuyant sur les écrits de (saint) Augustin (Vème siècle) qui affirme par démonstration théologale que Dieu seul peut penser l’infini comme une chose complète (!), Cantor veut offrir à l’humanité la possibilité d’approcher cette capacité divine en créant la notion d’infini actuel ou infini donné de façon immédiate ou encore infini complètement déterminé (re-re-gasp !). Il invente pour ce faire la notion de nombres transfinis. Pour donner un exemple, je peux citer l’ensemble de nombres pairs qui représentent bien un ensemble infini de nombres mais appréhensible par l’esprit bien qu’il soit difficile de le faire réellement. L’ensemble des nombres pairs serait donc constitué de nombres transfinis. Le fait de définir quelque chose d’infini, par définition incohérent, en a fait bondir plus d’un. On ne peut en effet délimiter quelque chose qui n’a pas de limite. Pour ceux qui ne suivent pas, quel est le plus grand des nombres pairs ? Vouloir se faire précis dans l’infini est impossible. On peut toujours aller plus loin ou, à l’inverse pour ce qui est de l’infiniment petit, on peut toujours diviser un peu plus un intervalle. Définir l’infini est un paradoxe sur lequel certains s’acharnent encore.
Pas d’accord avec Cantor était l’Eglise au départ car elle s’en tenait à ce qu’avait écrit (saint) Thomas d’Aquin : Dieu seul est infini et Il n’a pas un seul de ses doigts de pieds dans la nature, dont elle s’entête sur sa présumée finitude. Il semblerait qu’Augustin la convainquit du contraire, au moins partiellement, l‘Eglise n‘ayant pas encore adopté l‘attitude panthéiste. Ce sont les mathématiciens qui commençaient à tourner le dos à Cantor qui n’arrivait pas à formuler la nouvelle axiomatique sur son infini actuel.
Rappelons que les nombres peuvent être placés selon leurs propriétés dans différents ensembles. Si les nombres naturels (N) ont mis des milliers d’années à se faire concept, il en a été plus rudement mais moins durablement pour les nombres irrationnels et complexes. Le plus dure ayant été de leur donner une définition claire et de monter un système mathématique sans contradiction dans la pratique. Cantor est bien conscient de cet impératif.
Conscient de l’exactitude de cette vision, il n’en démordait pas moins en affirmant qu’en se cantonnant au simple rationalisme on s’empêchait de progresser. Il fallait donc aborder la problématique du transfini par le questionnement, jusque dans l’irrationalité s’il le fallait, en se jetant dans la pure métaphysique, pourquoi pas. Simple rappel, la métaphysique est à mettre en rapport avec le pourquoi des choses quand la science n’est lié qu’à leur comment. Une bien grande différence.
C’est ici qu’entre en scène l’Eglise. Cantor s’en remet à elle pour intégrer sa nouvelle théorie sur l’infini à la théologie du Vatican et écrit à ce propos : « Pour la première fois, grâce à moi, la philosophie chrétienne disposera de sa vraie théorie de l’infini ».
C’est donc dans un esprit théologien que l’on s’est emparé de l’infini cantorien, chacun le mettant à sa petite sauce pour défendre sa propre conception du monde divin. Même les critiques restent d’ordre théologal. Si pour nous il est difficile de concevoir la complétude de l’infini, Dieu ne connaît pas cet inconvénient car il voit l’ensemble des nombres tel qu’on n’a pas besoin d’en rajouter un (balèze quand même ce dieu, normal, c‘est Dieu). Le nombre
Le rapport qu’a entretenu Cantor à l’Eglise pose des questions si l’on veut comprendre sa démarche. Certains le disent d’origine juive alors qu’on le sait baptisé et éduqué dans l’Eglise évangélique luthérienne. Comment ce rapprochement soudain a-t-il pu avoir lieu entre le mathématicien et l’Eglise catholique ? Rappelons que Kronecker était tellement opposé à Cantor qu’il est allé jusqu’à essayer d’interdire une de ses publications. Un journal important lui a d’ailleurs refusé l’édition de sa nouvelle théorie des types d’ordre. Peu l’encourageaient, il faut le reconnaître.
Persuadé d’avoir dévoilé un grand mystère pour le meilleur de l’humanité, celui de la puissance divine, il mourra pathologiquement bien atteint. De deux choses l’une, ou bien on le juge fou depuis son plus jeune âge et son œuvre ne doit être appréhendée que de manière formelle, mathématique ; ou bien c’est un génie et l’on doit aborder sa théorie avec la plus grande attention, « au niveau de la révélation ontologique », comme « une théologie mathématique » selon les expressions de Pierre Thuillier.
Fixez le point central le temps qu’il est nécessaire… magique ou scientifique ?
Alfred Russel Wallace, né en 1823 et mort en 1923 a joué un tel rôle dans l’émergence de la théorie générale de l’évolution qu’on aurait tout aussi bien pu parler de « wallacisme » à la place de darwinisme. Wallace fût un évolutionniste accompli et reconnu comme l’un des plus grands de son époque. L’histoire en a voulu autrement et l’on ne parle que de néo-darwinisme aujourd’hui, oubliant peu à peu le co-inventeur de la théorie la plus célèbre de la biologie. Si l’on a ce trou de mémoire empêchant le rayonnement de ce savant qui n’est après tout mort qu’au XXème siècle, il y a sans doute des raisons qui ne vont pas sans rappeler l’affaire Goethe (
Orthodoxe rigoureux en matière d’évolutionnisme, Wallace se dît témoin de cas d’apparition spectrales même en plein jour alors que le phénomène, qui prenait seulement naissance dans les années 1870, se passait habituellement dans l’obscurité.
Sur les origine de l’homme, par contre, Darwin semble plus clair. Wallace, très éloigné du mode de pensée darwinienne, pensait que l’évolution de l’homme s’était faite en deux temps :
Wallace revint sur ses dires un peu plus tard, jugeant que la sélection naturelle n’avait pu jouer sur le mental de l’homme bien qu’elle le fît sur l’encéphalisation. Sa nouvelle vision allait améliorer la première. En effet, il prétendait que la sélection naturelle n’était en rien responsable du développement de la conscience chez l’homme, le sauvage ayant un cerveau qui ne lui sert à rien ! Pour Wallace, l’homme aurait développé cet organe dès le début. Or, si la sélection ne « choisit » que les bons modèles, il ne se peut que le cerveau en ait subi la charge puisqu’il ne sert pas au bon sauvage. Autrement dit, si la sélection naturelle avait joué sur le cerveau, le sauvage n’en possèderait un à peine mieux développé qu’un singe ; or, le sien est à peine inférieur à celui d’un blanc occidental ! Le mythe du bon sauvage traîne encore parmi nous.
L’homme préhistorique possédait de fait une super machine dans la tête mais elle ne lui servait à rien. De même, il avait était pourvu d’une main trop perfectionnée pour ce qu’il en faisait. Idem pour le langage, ses cordes vocales lui auraient été données trop tôt… La sélection naturelle est aveugle puisqu’elle ne prévoit pas de l’utilité des organes qu’elle sélectionne, ce qui le gène sur le plan d’une évolution morale de l’homme. Pour expliquer sa théorie bourrée de lacunes, il alla même évoquer « un certain pouvoir », « une cause inconnue », « des initiatives supérieures » qui font bien penser à quelque intervention de l’au-delà. L’intervention d’un « agent intelligent et doué d’une certaine puissance » est nécessaire pour que sa théorie puisse fonctionner. Grosse erreur que fît Wallace que d’avancer vers une théorie finaliste de l’évolution : il y aurait un but à la création. L’Eglise pouvait applaudir, elle si mal menée à ce propos.
Lyell, ami de Wallace et de Darwin, prit le parti du premier : « j’accueille volontiers la suggestion de Wallace selon laquelle il y a peut-être une suprême volonté et puissance qui […] peut guider les forces et les lois de la nature. » Wallace ne se limitait pas à l’intervention d’un dieu mais y voyait celles d’autres intelligences. L’homme semble par trop éloigné de son ancêtre animal si bien qu’il voit dans l’œuvre humaine « le travail intérieur d’une nature supérieure qui ne s’est pas développée au moyen de la lutte pour l’existence matérielle » et il existerait « un univers invisible, un monde de l’esprit auquel le monde de la matière est entièrement subordonné. » Mélange d’ésotérisme et de science objective, Wallace rattache à ce monde des esprit des concepts tels que la gravitation, la cohésion particulaire, les forces chimiques, les forces de radiations et l’électricité.
Ce revirement de pensée sur la sélection naturelle s’est faite au moment même où Wallace se convertissait au spiritisme. N’oublions pas que la psychiatrie fait des progrès concomitants à ceux que font les autres domaines scientifiques. Les phénomènes psychiques sont interprétés depuis peu. Freud n‘est pas encore intervenu et ces interprétations sont donc parfois d‘ordre spiritualiste. Il était alors permis de naviguer entre scientificité et imaginaire extra-scientifique, et il n’y avait aucun mal à parler de « sciences parallèles » tout en restant conformes aux canons de la science objective. Il s’agissait d’investigations avant tout, après tout.
Les objections qu’on lui fait, il les aborde sereinement. Il y a du vrai dans cet invraisemblable, les journaux font foi de ce qui se passe ici et là, enfin, ils relatent bien des faits inexpliqués. A l’époque, nombre de savants ont un penchant avoué pour cette science parallèle qu’est le spiritisme (spiritualisme en anglais) et, a par exemple contribué au courant Camille Flammarion. On n’hésite
pas à parler de véritable science expérimentale. Wallace, en bon observateur dans le domaine des sciences naturelles, reconnu par ses pairs comme théoricien de valeur sûre, assure que les phénomènes spirites sont aussi bien établis que ceux qu’étudient les scientifiques.
Fidèle à la méthode d’investigation empirique scientifique, wallace croit tout de même à « l’existence d’intelligences extra-humaines de degrés variés » et à « la faculté pour certaines intelligences, bien qu’ordinairement invisibles et intangibles pour nous, de […] produire action et matière, et d’influencer nos pensées. » Tout au long de son livre « Miracles and Modern Spiritualism », il associe les fameux « miracles » au résultat « d’une rigoureuse induction des faits ». Or, l’on sait que Wallace, avant sa conversion au spiritisme, était matérialiste et ne se plaisait guère dans les concepts du christianisme, leur opposant un scepticisme philosophique à toute épreuve. Dieu lui parle moins que les esprits, reconnait-il parfois. D’un autre côté, les théories spirites sont sensées pouvoir expliquer et même légitimer scientifiquement les mystères chrétiens placés sous le signe du miracle et de l’immortalité de l’âme. Wallace frappe fort quand il affirme que le terme « miracle » ne convient absolument pas puisque tout est naturel dans cette histoire et ce sont les opposants au spiritisme qui ne peuvent admettre que les esprits n’ont rien de surnaturel. Ainsi, il croit prouver « scientifiquement » que la prière peut être efficace dans le cadre même des lois physiques fixées naturellement pour l’univers. Toujours est-il que l’adoption de positions ésotériques par Alfred Russel Wallace a pu le gêner pour établir une théorie scientifiquement validée sur la Sélection Naturelle et clouer au poteau Darwin. L’existence d’esprits extra-humains intervenant dans le développement de l’humanité était incompatible avec une sélection naturelle purement sélectionniste comme l‘impose la vision moderne de l’évolution qui se fait en aveugle une sélectionniste par « le hasard et la nécessité ». Dans l’esprit de Wallace, la nature mentale et morale de l’homme nécessitait « autre chose », une autre « cause » pour demeurer. Même s’il était conscient du problème qu’il posait à la communauté des « savants » de l’époque, il ne pouvait écarter l’existence de forces inconnues et d’agents spirituels.
Il est difficile de dire aujourd’hui si Wallace a été influencé par les insuffisances de la théorie de Darwin concernant l’évolution de l’homme pour trouver une « explication » surnaturelle ou bien si ce sont ses convictions spirites forgées depuis sa jeunesse qui l’y ont poussé. Il existe toutefois des documents qui font pencher l’épistémologue Pierre Thuillier pour la thèse de Malcolm Jay Kottler (Wallace se serait directement appuyé sur ses convictions spirites pour formuler sa propre interprétation théorique de l’origine de l’homme) ; Dans une lettre adressée à Darwin, Wallace écrit : « Mes opinions sur le sujet ont été modifiées seulement par la considération d’une série de phénomènes remarquables, physiques et mentaux, que j’ai été en mesure de soumettre à un contrôle complet et qui démontre l’existence de forces et d’influences pas encore reconnues par la science. » Certitude qu’il ne fait que confirmer dans ses déclarations. Sachons qu’à l’heure actuelle, les recherches officielles américaines et ex-soviétiques sur le paranormal ont été reléguées à un rang très lointain dans l’ordre des budjets alloués. La France, pour sa part et en bon pays cartésien, n’a jamais sombré dans la psychose pseudo-scientifique. On attend toujours les preuves de ces fâmeux esprits ou encore de l’existence de Dieu. Rien n’est incompatible entre la science et ces notions si leur existence « matérielle » est démontrées autrement que par le « raisonnement » par ailleurs.
Au XVIème siècle, le philosophe anglais franciscain Guillaume Ockham posait l’énoncé suivant, plus connu sous le vocable de “Rasoir d’Occam” : « Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem ». Autrement dit, « Les entités ne doivent pas être multipliées par delà ce qui est nécessaire », ce principe ayant pris le nom de « principe d’économie » selon lequel : « quand deux hypothèses sont en concurrence et qu’on ne peut pas les départager pratiquement, par l’expérimentation scientifique par exemple, on choisit la plus simple. C’est-à-dire, qu’on choisit celle qui possède le moins d’hypothèses, ou celle dont les hypothèses sont les plus facilement démontrables. » On peut donc faire le reproche à Wallace le scientifique d’avoir violé ce principe en créant au besoin des entités transcendantes.

Le titre de mon article : les hommes, les femmes, les enfants, les chiens et les chats etc ; une scène, légèrement dantesque pour ceux qui ont fait un rapprochement, avec ses diableries, ses tromperies, ses arrières-mondes, ses petits bonheurs. Mais je doute que les damnés de Dante soient les premiers sur la liste des partants pour les enfers (épicuriens, violents et rebelles, suicidés, brigands, sodomites…) ou alors peut-être les usuriers et toutes sortes de manipulateurs forts en tromperie. Pour faire court, la vie est un spectacle où les spectateurs sont les acteurs. Mais ils ne s’en aperçoivent pas souvent et l’oublient aussi vite que ça leur est venu. On peut découper le film en séquences, avec ses flash-back, ses contres plans, technicolor, et effets spéciaux garantis. Précision : on y meurt qu‘une fois. Si cela paraît évident, dans le film, ce n’est pas acquis pour la plupart des comédiens.
Les images importent donc et elles sont de deux sortes : celles qui sont créées par le cerveau (rêve, imagination) et celles reçues par nos sens, perçues puis interprétées par l’encéphale. Les philosophes grecs décrivent bien celles du premier genre en les nommant « simulacres ». Sans rentrer dans le détail, je me permettrais la facilité d’appeler également les secondes simulacres par extension. Tout est donc simulacre. Dans un sens, non maîtrisé (rêve) ou abstrait (imagination) et dans l’autre, souvent faussées, les images peuvent l’être à cause de sens défectueux, d’un champ de perception corrompu ou d’une interprétation par le cerveau complètement originale. L’esprit est toujours responsable (esprit du corps ?). Et c’est lui qui s’invente le moi et tout le reste. Simulacres. Histoire grecque : « La légende raconte qu’un sculpteur chypriote tombe amoureux de l’oeuvre qu’il façonne; dans un élan de magnanimité, les dieux décident de l’animer. Devenue, par la volonté divine, femme et épouse de son créateur, cette dernière reste néanmoins un artefact qui, s’il est doué d’âme et de corps, n’en demeure pas moins un fantasme. Un simulacre, précisément. Artifice privé de modèle, le simulacre ne copie pas un objet réel, il s’y projette plutôt et l’escamote, il existe en soi. » (c’est pour Spartacus)

Chacune des scènes que nous vivons, que nous jouons en fait, est un simulacre imaginé puis traduit avec le sérieux et la gravité que nous mettons à ce qu’on nomme vulgairement la réalité. Imaginez ET (l’extra-terrestre) débarquant de « home » sur terre et vous découvrant lors d’une commémoration du 11 novembre avec trompettes et salut au drapeaux-discours qui endorment ; ou lors d’une « party » pleine de gens s’alcoolisant à leur rythme et marquant le tempo d’une musique lancinante en se déhanchant et en balançant infiniment la tête qui porte sourire ou son contraire ; ou encore lors d’une cérémonie d’enterrement un peu people vêtu de noir et de blanc, solennelle ; ou dans une foule en délire hurlant à la haine lors d’un match de foot-ball ; ou vous observant en train de faire l’amour comme dans un film porno vulgaire ou style cliché de l’amourcommeilfautlefaire… Il serait figé de stupeur cherchant le Vrai. Le mieux à faire serait de voir ça comme une scène de mauvais scénariste et d’acteurs s’essayant tant bien que mal dans leur art. La vie comme de l’art. Du bel art ou, la plupart du temps, de l’artisanat, du bricolage, de l’impro et encore, quand c’est pas de la merde X. Erwin Panofsky fait le lien des simulacres à l’art : « … dans ce cas l’artiste se contente de redoubler inutilement le monde sensible qui, de toute façon, n’est lui-même qu’une imitation des Idées ; ou bien il engendre d’incertaines et trompeuses apparences qui, au sens où s’entend « l’imitation par simulacre », rapetissent ce qui est grand et grandissent ce qui est petit afin d’induire en erreur notre regard, lui-même imparfait. »
Jusque dans la description de l’Amour comme tentative fusionnelle, Lucrèce, sans doute Epicure, n’est pas tendre. Voici quelques extraits d’un paragraphe de « De rerum natura » intitulé « Malheurs et illusions de la passion .» Pour commencer, Lucrèce fait un lien entre l’aimé et le simulacre qui peut hanter l’amoureux lorsqu’il est privé de son amant. Son image le tourmente jusqu’à la douleur mais cela n’empêche pas l’aimant de chercher un autre objet pour sa passion. Lucrèce prône l’amour libre et décidé : « Fuir l’amour n’est point se priver des joies de Venus, c’est au contraire en jouir sans payer de rançon . » Les amants en couple ne séduisent pas l’hédoniste et Lucrèce n’est pas tendre en les décrivant : « Unis enfin, ils goûtent à la fleur de la vie, leurs corps pressentent la joie et déjà c’est l’instant où Venus ensemence le champ de la femme. Cupides, leurs corps se fichent, ils joignent leurs salives, bouche contre bouche s’entrepressent des dents, s’aspirent, en vain : ils ne peuvent arracher ici ni pénétrer, entièrement dans l’autre corps passer. Par moment on dirait que c’est le but de leur combat tant ils collent avidement aux attaches de Venus et, leurs membres tremblant de volupté, se liquéfient. Enfin jaillit le désir concentré en leurs nerfs, leur violente ardeur s’apaise un court instant, puis un nouvel accès de rage et de fureur les prend tandis qu’ils se demandent ce qu’ils désirent atteindre et ne trouvent aucun moyen de terrasser leur mal, tant les ronge incertains une blessure aveugle. » Aveugle, l’est celui qui tombe amoureux : « Ainsi font les hommes que le désir aveugle : ils prêtent à celles qu’ils aiment des mérites irréels. » Et même si la belle est belle, « Eh bien soit : son visage a toute la grâce possible, le charme de Venus de tout son corps émane. Est-elle la seule ? N’avons-nous donc vécu sans elle ? N’a-t-elle assurément mêmes défauts qu’un laideron ? La malheureuse exhale une odeur repoussante, ses servantes s’enfuient et se rient en cachette, mais l’amant éconduit pleurant devant sa porte souvent couvre le seuil de fleurs et de guirlandes, parfume de marjolaine les montants implacables et plante ses baisers, pauvre homme au cœur de bois. » Pour la mort, mêmes effets des simulacres : « ce sont des images qui leurrent notre esprit quand nous croyons revoir en songe un trépassé. » Peut-on échapper à ce phénomène ? Et pourquoi donc ? Il n’y a ni bien ni mal, chacun suis son chemin. La comédie tourne et prend son sens dans le rôle social que tiennent le simulacre, l’imagination, l’illusion et l’imitation dans la possibilité de jouer ensemble, en quête d‘identification du moi, des ego.
Résumé, tout est faux et ça sert à rien de polémiquer puis de s’énerver. C’est la vie. Il n’y a ni Bien ni Mal, ni importance au Vrai plus qu’au Faux. Il s’agit d’un tout inséparable. Nous sommes ce que nous sommes jusqu’à la fin dirait Nietzsche. En tant qu’acteurs de cette comédie, il est encore possible de choisir l’histoire, la scène, le caméraman et même les spectateurs. C’est ça peut-être être soi. Et que fiche de la critique, elle est insignifiante. Le tout, c’est de savoir que l’histoire peut ne jamais s’arrêter ; l’éternité. La mort n’est-elle pas un simulacre comme un autre ?
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