Dans le monde de la philosophie occidentale, vous trouverez de nombreux Diogène. Sur cinq siècles durant,il y a le présocratique, le stoïque, le très connu Diogène de Laërce, philologue et historien de la philosophie, l’épicurien… Donc, ne pas confondre.
Notre Diogène, dit le cynique, né à Sinope (Asie mineure) vers 410. et meurt à Corynthe (ou à Athène) vers 320 av. J.-C.. Contemporain de Socrate, bien qu’il ne l’ait pas connu car trop jeune, Il suivra le tracé philosophique d’Anthistène qui est, sans aucun doute, l’initiateur de la pensée cynique. Diogène de Sinope et consors parachèveront l’oeuvre du maître en fondant l’école cynique, concurrente des autres écoles de période classique (l’Académie de Platon, le Lycée d’Aristote, le Jardin d’Epicure, le Portique des stoÏciens…). Il est utile de préciser qu’il fût contraint à l’exil pour avoir aidé son père à falsifier de la monnaie.
Du sage philosophe, Diogène n’en donne pas l’image. Au contraire, plutôt que dispenser de longs discours, il adoptait en permanence une attitude provoquante et arrogante dont on pouvait tirer de vraies leçons de philosophie, à condition de posséder un esprit très ouvert ! Mais ce comportement devait plus déranger et choquer qu’il n’aidait à faire progresser les âmes. Socrate, considéré comme l’exemple du philosophe, vivait humblement et était vêtu pauvrement, mais son attitude n’avait jamais été provocatrice. Diogène marche pieds nus ; il mandie ; il n’a pas de vie privée car il mange, se masturbe, défèque devant tout le monde ; il dort dans une amphore en pleine place publique (le tonneau, d’invention gauloise, n’existait pas en Grèce à cette époque) et bien d’autres anecdotes nous parlent d’un homme bizarre, aux allures éternellement étranges.

« Ôte-toi de mon soleil« , aurait-il balancé au grand Alexandre qui lui demandait, devant la bouche de son amphore, ce qu’il pouvait désirer de plus cher. Réponse du Macédonien : « Si je n’avais pas été Alexandre, j’aurais aimé être Diogène« . C’est dire que, malgré la réputation de chien (cynique) qui lui était faite, ceux qui comprenaient Diogène l’appelaient « grand », même les plus grands. Il y a deux façons de percevoir Diogène. La plus répandue décrit ce philosophe à l’état brut, totalement réduit à l’apparence, une bête en somme. Il n’y a rien à en retenir sinon le mauvais exemple qu’il nourrira. La seconde, plus subtile, nous mène à faire une critique des normes sociales par le renversement de leurs valeurs.
Quand Platon définit l’homme comme un bipède sans plumes et sans cornes, l’outrancier personnage plume un poulet, lui coupe les ergots et l’exhibe au public en criant haut et fort « voici l’homme de Platon !« . Platon de rajouter alors : »au ongles plats« . L’Histoire nous a imposé Platon et autorisé l’autodafé de l’oeuvre de Diogène. C’est ainsi. Plus tard, Diogène portera sa célèbre lanterne en expliquant qu’il cherche un homme, sans doute l’homme idéal de Platon. Pour ce dernier, Diogène, c’est Socrate devenu dingue. Fraudeur à l’occasion et calculateur un peu radin, il ne falsifiera pas seulement la monnaie, il passera toute sa vie à contre-faire les moeurs de la société athénienne.
Car Diogène n’est pas le négateur des valeurs sociales, il les renverse. Si Aristote et Platon parent l’homme d’une nette supériorité morale sur l’animal, Diogène prône une vie à l’exemple du chien, car lui, simple bête, est dépourvu, à l’instar du divin, d’angoisses et de désirs. Le chien est bien supérieur à l’homme. Les conventions font tous nos maux ? renversons-les, soyons libres et heureux. La civilisation, c’est la guerre ? soyons barbares mais pacifiques. Les beaux discours servent le pouvoir ? aboyons, mordons…
Leçon de Diogène :
Premièrement, ni l’intelligence ni la pensée de l’homme ne font de lui un être supérieur ; bien au contraire, cela l’handicape, par rapport à l’animal, en le privant de sa véritable liberté. Deuxièmement, la cité fermée n’est pas le modèle idéal pour l’accomplissement humain ; les repères, que sont les lois, représentent le meilleur moyen de perdre son âme ; les lois ne sont jamais justes et servent les puissants. Vivre sans cité (sinon cosmopolite), sans maison (le premier abri fait l’affaire) et sans règles politiciennes (anarchisme), cela ne fait-il pas de Diogène le précurseur du développement durable ?

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