Personnalisme – Narcissisme

Entre l’individualisme qui, par définition, ne reconnaît à l’autre aucune espèce d’importance, et le collectivisme qui nie l’individualité, s’est fondé, dans les annérs 30 jusqu’aux années 50, un courant de pensée syncréto-critique (entre et contre le libéral capitalisme et le marxisme) voulant redonner à la personne sa place au sein de sa communauté. A l’origine du mouvement, une vive critique de l’individualisme, fruit de l’aliénation des temps modernes nous poussant à sacrifier notre être pour un bien-être bourgeois réducteur de la personne. Jacques Maritain, Emmanuel Mounier (Influencés par la pensée de Bergson, Péguy ou Jean Guitton) et Daniel-Rops tentent de concilier personne et spiritualité, tiraillés entre une extrême droite non-conformiste catholique et une mouvance libertaire de type proudhonnien. Leurs revues, aux noms résonnant les années 30, Esprit qui existe encore aujourd’hui, Ordre Nouveau disparu assez rapidement, évoquent le carcan idéologique de ces années de dirigisme totalitaire en quête obsédante de l’homme nouveau. Mounier se désolidarisera en 41 de Vichy dont il avait épousé certaines thèses concernant la jeunesse et rejoindra le mouvement de la Résistance “Combat”.
En gros, ces non-conformistes, inspirés par Jean-Louis Loubet Del Bayle, s’opposaient au libéralisme manipulateur des libertés et à l’individualisme égotiste, rejetaient les “solutions” communistes et fascistes ou nazis et proposaient une harmonisation des rapports sociaux dans une perspective fédéraliste, communautaire et personnaliste, sans ommettre la dimension spirituelle de l’homme. Si l’on n’en parle plus aujourd’hui, il existe encore des personnes s’inspirant de ces vieilles ou trop avant-gardistes conceptions.

“La personne humaine, si dépendante qu’elle soit des moindres accidents de la matière, existe de l’existence même de son âme, qui domine le temps et la mort. C’est l’esprit qui est la racine de la personnalité.” Jacques Maritain
“Est-il besoin de répéter (…) que la personne n’a rien de commun avec l’être schématique mû par des passions élémentaires et sordides, qu’est l’individu. Un personnalisme conscient s’oppose même à l’individualisme dont s’est grisé le XIXe siècle. La personne, c’est l’être tout entier, chair et âme, l’une de l’autre responsable, et tendant au total accomplissement.” Daniel-Rops
“L’individu, c’est la dissolution de la personne dans la matière. (…) Dispersion, avarice, voilà les deux marques de l’individualité.” Emmanuel Mounier

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ENCART :
Narcissisme : En psychanalyse, investissement de la libido sur le Moi (qui est point de départ et de retour des investissements sur les objets d’amour extérieurs) et effort visant à rendre les actes et les représentations du sujet conformes aux images idéales du Moi.
“L’amour parental qui est émouvant et dans son fond si puéril n’est rien d’autre que le narcissisme des parents ressucité…” Sigmund Freud
“Les hommes tombent malades quand, par suite d’obstacles extérieurs ou d’une adaptation insuffisante, la satisfaction de leurs besoins érotiques leur est refusée dans la réalité. Nous voyons alors qu’ils se réfugient dans la maladie, afin de pouvoir grâce à elle, obtenir les plaisirs que la vie leur refuse.” Sigmund Freud dans “Pour introduire le narcissisme” in La vie sexuelle, 1914
Rassurez-vous, si cet extrait souligne le caractère pervers du narcissisme, Freud explique sa normalité chez le jeune individu. Plus tard, si la libido est retirée des objets, elle va sur le Moi. Le Moi est un support du narcissisme qui doit entrer dans le développement psychosexuel de l’être humain et selon Guy Rosolato “Le narcissisme est un axe qui structure le psychisme à toutes les étapes de la vie et qui marque aussi bien les psychoses (avec l’affrontement létal de la paranoïa, au centre de toutes ; ou le retrait libidinal de la mélancolie) que le jeu soutenu par l’objet fétiche (à la croisée des perversions), ou le doute et la toute-puissance des pensées de la névrose obsessionnelle, ou d’une manière plus claire encore les personnalités narcissiques, enfin l’activité artistique comme modèle de la “créativité”, y compris son mythe d’infrastructure.” En apparence compliqué, le narcissisme est nécessaire à la construction du moi : il signerait la fin du règne d’Oedipe car il conforte les assises mêmes de la personnalité. “Etre narcissique, dit Bettelheim en suivant la langue américaine profane, c’est vouloir être le meilleur, être égoïste, ne penser qu’à soi…” (Freud après Auschwitz Par Patrick Di Mascio)
Extrait de “Le Système des Objets” de Jean Baudrillard :
“La perversion sexuelle consiste dans le fait de ne pouvoir saisir l’autre comme objet de désir dans sa totalité singulière de personne, mais seulement dans le discontinu : l’autre se transforme en le paradigme des diverses parties érotiques de son corps, avec cristallisation objectale sur l’une d’entre elles. Cette femme n’est plus une femme, mais sexe, seins, ventre, cuisses, voix ou visage : ceci ou cela de préférence. A partir de là, elle est “objet”, constituant une série dont le désir inventorie les différents termes, dont le signifié réel n’est plus du tout la personne aimée, mais le sujet lui-même dans sa subjectivité narcissique, se collectionnant-érotisant lui-même et faisant de la relation amoureuse un discours à lui-même.”
9 juin 2009 à 09:58
Tout ça part d’a priori ou d’hypothèses. L’âme, l’esprit … bof! Si on refuse de les prendre en compte, on devient “matérialiste”. Et ce mot est encore souvent une insulte.
“Si Dieu n’existe pas, que de temps perdu en débats théologiques!”
9 juin 2009 à 16:35
Il est vrai que ces gugusses étaient de très convaincus catholiques, convertis de la dernière heure tout de même, de franche droite même s’ils ont renié l’extrême qui les avait tentés. Il faut de tout pour faire un monde.
Sorti de l’existence d’un dieu ou pas, ces gens sont des théoriciens du social non socialiste, et pourquoi pas ?
Il ne s’agit plus simplement de croyance mais de reconnaître la dimension spirituelle de l’être humain. Le matèrialiste pur commet une erreur fatale en séparant la personne de ses réalités physiologiques et psychologiques.
Si le cultuel s’est appuyé durant des millénaires sur la croyance ou la foi mises dans la proto ou paléo-science qu’étaient les traditions de transmissions orales puis écrites en niant le caractère matérialiste de l’homme, la science actuelle commet la sienne en niant les côtés émotionnel et irrationnel… qui sont les propres de l’homme.
Si le monde n’est pas dual pour le matérialiste, l’homme l’est et, sont de sa seule invention les notions d’Idée(-forme), du Bien et du Mal. Durant 70 ans, les soviets ont interdit de croire ; peine perdue, il n’y a pas de croyance sans hommes et pas d’hommes sans croyance. Les communistes chinois ont fait mieux en conservant le spiritualisme confucianiste.
Enfin, l’existence selon le philosophe et le passant qui passe n’a pas même signification : pour le second, Dieu existe en-soi (en lui-même) alors que pour le philosophe, Dieu existe en l’homme, il est sa création. Donc Dieu existe tant que l’homme existe.
Si j’ai appelé paléo-science les Ecritures dites saintes, la science formelle n’échappera pas à sa ringardisation si elle ne fait pas la jonction entre vérité et mystique. Dans le domaine de la psychanalyse et de la psychiatrie, on n’est plus dans la connaissance par la mesure physico-mathématique seulement mais aussi pas des cheminnements mentaux frisant la métaphysique.
Or, la science a pour rôle de dire le comment quand la métaphysique cherche à dire le pourquoi. La prochaine invention des hommes sera de syncrétiser avec les deux domaines. Pour moi, la science telle que est est déjà obsolète.
12 juin 2009 à 22:31
J’aime bien l’idée que “dieu existe tant que l’homme existe”…..c’est un truc que je pense mais que je n’avais jamais formulé de manière aussi simple!!
Concernant l’individualisme,je suis plus attiré par les conséquences sociales,politiques de ce phénomène que par l’aspect pathologique et névrotique.
Vivement que cela change….mais franchement je n’y crois pas trop et je me demande si ce n’est pas un état qui est inhérent à la condition d’homme?
13 juin 2009 à 02:24
Vois-tu, je me suis pris énormément la tête parce que ce monde est comme il est. Je me calme comme un avion à l’atterrissage, pas encore zen mais ça freine à en bouffer la gomme.
Ce qui compte, c’est d’être bien durant la vie entière puisqu’elle est courte et que je ne vois pas pourquoi il y aurait quelque chose après, et après ? Ayant réalisé que mes 50 berges ne me permettaient plus de perdre ce temps précieux à vouloir changer l’extérieur, je me suis attaqué à mon intérieur. Et ça va nettement mieux.
Faut dire que je ne travaille plus depuis quelques années et que ça compte énormément. Ne plus avoir de chef, quelqu’il soit, être totalement libre, pouvoir se cultiver, profiter de la nature, ne pas avoir de problèmes de fin de mois même si je suis infra-smicard, tout ça est primordial.
Comme je clouerais au mur le premier patron qui me regarderait de travers, on m’a mis en invalidité. Être dingue, c’est utile, surtout quand le jugement vient des autres.
Pour les notions en “isme“, je m’en méfie que même “anarchisme” ne me plaît pas. Pourtant, agnostique et athée, apolitique car non partisan, refusant le pouvoir qu’on veut exercer sur moi, je suis anarchiste par définition. “Pour vivre heureux vivons caché“, c’est une recette que j’ai mis en pratique ; beaucoup de solitude mais des règlements de compte avec moi-même. Pour être avec autrui, il faut être fort et en paix. Sinon, il y a rapport de force inévitable suivi de conflit puis souvent malaise par culpabilisation. Je n’ai plus ce genre de problème. Je refuse de me faire diplomate, j’aime dire la vérité, ça ne plaît pas. Pas grave.