GOETHE L’HERESIARQUE

Tommy

Goethe poèteVous a-t-on dit une fois que Goethe était un scientifique ? Non ou vaguement pour mieux le discréditer ensuite (folklore para-scientifique, voire a-scientifique). Goethe était avant tout un écrivain poète, foncièrement humaniste ; on en parle en littérature, jamais on ne le cite dans les didactiques scientifiques. Pour ceux qui connaissent Johan Wolfgang von Goethe, 1749-1832, il évoque « Les Souffrances du jeune Werther », « Poésie et vérité », « Faust » … Œuvres magistrales qui rendent à la langue allemande une profonde beauté. Goethe brille moins dans le domaine scientifique, malgré sa découverte de l’os intermaxillaire, et ses productions le relèguent à la littérature.
A y regarder de plus près, on remarquera l’opposition entêtée de Goethe à la physique de Newton, « ne prêtez pas la moindre attention aux newtoniens » disait-il. Son traité des couleurs voulait démontrer l’erreur totale du physicien anglais. Il n’était pas le seul et ils sont légions encore aujourd’hui mais Goethe n’aimait pas la vraie science : la science officielle. Mais n’a-t-il pas un peu raison quand il prétend que la physique mathématique n’est pas le fin du fin en matière de connaissance ?

GoetheGoethe affirme s’être laborieusement consacré à la nature. Il ne l’a pas fait pour passer le temps en le considérant comme un divertissement pour poète dilettante. Fort cultivé, érudit il faut le reconnaître, Goethe a beaucoup observé et grandement réfléchi avec l‘immense envie de connaître la nature et le monde environnants: « J’ai poursuivi dans le silence, avec constance et avec passion, des considérations entreprises avec sérieux. » Preuve serait l’ensemble des œuvres scientifiques produites par l’homme : « Métamorphose des plantes » en 1790, « Traité des couleurs » 1810-1823, « Introduction préliminaire à un système d’anatomie comparée basée sur l’ostéologie » en 1795, « Composition géologique de Marienbad » en 1821, « Essai d’une doctrine sur les états atmosphériques » en 1825, « Mauvais usage des mathématiques » en 1826, « Principes de philosophie zoologique » vers 1830… Il fait d’ailleurs part de ses préoccupations scientifiques dans les deux « Faust », dans les « Conversations avec Eckermann », etc.
En se dispersant comme il l’a fait en voulant toucher à tout, Goethe a dû pas mal se discréditer aux yeux de la communauté scientifique de son époque. Il fallait déjà se spécialiser. Son opposition farouche et tenace aux théories de Newton, notamment sur les couleurs, l’aura définitivement mis à l’écart du monde des chercheurs.

Pink FloydEn ce début de XIXème siècle, la science de Galilée et de Newton avait déjà fait son parti. Les choses n’ont guère changé. Objectivité, mathématique. Pour Goethe, ce n’était pas la seule voie possible et lui reprochait son orthodoxie. Pourtant, sa théorie sur les couleurs aura été un facteur aggravant pour sa réputation, ce qui lui aura ôté tout crédit par la suite.
La science de Newton n’est pas la seule possible, s’échine-t-il à marteler ; elle ne fournit pas une connaissance véritable, trop perverse à son goût car découpant artificiellement la réalité perçue ; les résultats obtenus sont tout aussi artificiels, il y a manipulation ; elle n’explique rien… Tels sont les anathèmes qu’il jette sur la science officielle. Sacrilège que nier la légitimité d’une démarche reconnue encore aujourd’hui : analyser, mesurer, calculer ? Goethe a-t-il de la haine pour la physique mathématique, archétype de la scienticité ?
Son traité des couleurs ne corrigeait en rien l’erreur de Newton mais il s’obstinait à avoir raison : « On a cherché par tous les moyens à me combattre, moi et mes doctrines, à tourner mes idées en ridicule. » Sans doute cela l’a-t-il conduit à construire une sorte de sociologie avant l’heure de l’institution scientifique : règles de routine, credo machinalement répété, esprit de caste, dogmes, étroitesse d’esprit et puérilité des « savants », jalousie… Goethe en fait encore un peu trop en accusant ses congénères de ne rien pouvoir démontrer, surtout pas la vérité : « Telle n’est pas non plus leur intention. Ils n’ont soucis que de prouver leur opinion. Ils dissimulent donc toutes ces expériences qui mettraient la vérité en lumière et découvriraient la position intenable de leur théorie. » Il ne réussira pas à saper la science de Newton qui se porte encore plutôt bien aujourd’hui.

ToriQuelque chose semble gêner plus particulièrement Goethe. Ne reprocherait-il pas au savoir officiel , après tout, d’être trop quantitatif ? Non pas que la science mathématique lui soit étrangère, il la trouve « sublime ». Le grief est fait aux sciences de la nature qui ne fait pas cas du qualitatif pourtant essentiel pour comprendre la nature.
Tout n’étant pas mesurable, le newtonien procède à des abstractions et doit faire des choix arbitraires dénaturant ainsi la réalité. L’objet de l’analyse est souvent bien éloigné de l’objet dans sa réalité et la mouvance de cette réalité. Concepts abstraits, symboles et mesures finissent par rester des abstractions, fruits d’une manipulation imaginaire. S’y retrouve-t-on facilement d’ailleurs ?
Goethe dénonce l’illusion que donne la science quand elle fait correspondre des résultats théoriques à la réalité : elle n’explique toujours rien des phénomènes de la matière et de la nature dans leur dynamique propre. La nature, Goethe ne la voit pas de manière statique, il la sent comme un ensemble de forces, en mouvement perpétuel. Newton mesure la gravitation sans rien en savoir, au fond.

Goethe Warhol 2La science de Goethe est entachée de romantisme, de mysticisme et de métaphysique. Pourtant, il est clair que la science, la vraie, l’officielle, ne cherche à dire que le comment, jamais le pourquoi qui relève de la métaphysique. Savoir comment une chose fonctionne vous permet de la faire fonctionner selon vos désirs.
Mais Goethe, que cela ne satisfait pas, veut connaître l’intérieur des choses : « Les phénomènes sont vidés de leurs entrailles et embaumés à l’aide de nombres et de signes; sur le cercueil préparé par la science sont peintes de bizarres figures. » Il reproche aux mathématiciens d’échapper à l’essentiel et d’être dénués de valeur cognitive.
A l’instar de d’Alembert qui avait écrit « celui qui dit que deux et deux font quatre, a-t-il une connaissance de plus que celui qui se contenterait de dire que deux et deux font deux et deux ? », Goethe en veut à la tautologie de la physique mathématique : « Les démonstrations des mathématiques sont des expositions et des récapitulations plutôt que des raisonnements démonstratifs. » C’est un raisonnement qui se tient.
Buffon avait dénoncé en 1749 cette propension du scientifique à vouloir simplifier le réel en abstractions quand il le cerne mal. Les conclusions auxquelles il arrive sont tout aussi abstraites et les conséquences n’en peuvent être que faussées. Les dogmes indiscutables et immuables basés sur de tels fondements finissent toujours par s’écrouler. Le malheur est que du temps où ils ont valeur de Vrai, les recherches dont-ils sont l’origine ne peuvent que déboucher sur des erreurs.
Goethe était donc également épistémologue et a publié quelques ouvrages dans ce sens comme cet essai de 1792 sur « l’Expérience comme médiatrice entre l’objet et le sujet » que Claude Bernard cite dans son « introduction à l’étude de la médecine expérimentale. » Goethe le poète restera un épistémologue existentiel, il jugera humainement la physique orthodoxe comme contraire à ses intérêts.

Démonstration mathématiqueSi le scientifique classique retire l’objet de son étude de son environnement humain, Goethe veut faire l’inverse. Refus de l’abstraction théorique pure « c’est là précisément le plus grand malheur de la physique moderne d’avoir en quelque sorte séparé les expériences de l’homme, de ne vouloir reconnaître la nature que dans ce que montre les instruments artificiels, et, par là, de prétendre limiter et démontrer ce que la nature est capable de produire. » On pourrait dénoncer chez lui la conjonction d’empirisme et de mysticisme tant il est prêt à toute divagation mystique sur la nature et le cosmos. Il nous paraît difficile de mêler le spirituel au rationnel.
Einstein se heurtera au même obstacle « Je souffre de cette espèce de séparation entre la réalité de l’expérience et la réalité de l’Être. » Si Goethe a ses mythes, il n’est pas sûr que la science moderne n’ait pas les siens. La science rationnelle ne suppose-t-elle pas une certaine foi dans le pouvoir des mathématiques et dans la valeur des modèles théoriques qu’elle aide à construire.
A son tour, Goethe pourrait en bon droit subodorer du mysticisme dans la confiance que mettent les chercheurs en leur science. « Je tiens toujours pour plus profitable pour le savant de confesser aussitôt qu’il frôle toujours la métaphysique » plutôt que de chercher à dissimuler les présupposés sur lesquels on s’appuie. L’historien des sciences Abel Rey a écrit « Le culte de l’intelligence (qui comprend à la fois l’observation précise et la logique organisatrice) est un culte comme les autres. La raison est une émanation du mysticisme, peut-être son fruit, le plus parfait d’ailleurs, le plus achevé -d’autant plus achevé qu’il est absolument séparé. Le fruit mûr abandonne l’arbre. »

Dissection de mammifèreGoethe s’est avant tout passionné pour les phénomènes biotiques (de l’ordre du vivant). De ce fait, il condamne vigoureusement l’importance mise à l’analyse. Il lui réserve bien une place de choix mais son synthétisme le pousse à penser les êtres vivants comme des touts. L’analyse est destructrice : elle dégrade l’être sur lequel elle s’exerce.
« Ce qui vit peut être séparé en ses éléments, mais on ne peut plus le recomposer et l’animer. » Goethe semble bloqué par son éthique. Il refuse une science inquisitrice, « qui fait parler », et cruelle, qui prend la vie. Une telle science ne peut être bonne.
Si Goethe était encore des notres, il ne se gênerait pas pour dénoncer les méfaits de cette science froide et analytique. Quelle place fait-elle réellement à l’humain, aux individus, aux personnes ? De proche en proche, n’expérimente-t-on pas sur les animaux, puis sur les hommes, puis éventuellement sur des pays entiers ?
Le scientifique Goethe ne l’était pas : il s’assumait trop entièrement en tant qu’individu, ce qu’on ne pourrait lui reprocher en éthique. Mais la science, comme on l’a mentionné plus haut, réfute le sujet qui doit s’effacer complètement sinon à rendre la quête du savoir subjectif. C’est par définition ça la science.

Couleurs GoetheLorsque Goethe attaque Newton sur sa théorie des couleurs, il prétend qu’il l’a mal résolu. En réalité, il l’a mal posé. A la seule orientation physique de Newton, qui produit de l‘objectivité, Goethe veut en ajouter d’autres, la physiologie et la psychologie.
Son propre traité, il le veut pratique et utile dans la vie de tous les jours. Fie de corpuscules et de longueurs d’onde peu intéressantes pour les artisans tels les teinturiers ou les peintres. C’est encore dans la poésie qu’on comprend l’origine des choses et sa descendance ne se trouvera pas chez les physiciens classiques mais dans la lignée d’Helmotz et de son « Optique physiologique. »

UrpflanzeSi Goethe a laissé un petit souvenir dans le panthéon des scientifiques, c’est dans le domaine des sciences naturelles. Il en fait son point d’honneur « Platon ne voulait souffrir aucun disciple ignorant la géométrie. Si j’étais à même de fonder une école, je n’y souffrirais personne qui n’eût choisi, pour s’y consacrer sérieusement et spécialement, quelque science naturelle. » Si le degré atteint par les sciences physiques et mathématiques est élevé, Goethe pense que ce n’est pas la mesure de leur valeur. Aussi le véritable objectif théorique est de « pénétrer jusqu’au phénomène originaire et se rendre maître de toutes les manifestations particulières. » Le phénomène originaire, primordial, primitif de Goethe qu’il nomme en allemand Urphänomen.
Cet Urphänomen conduit Goethe a formuler une théorie selon laquelle toute plante serait le résultat de « la métamorphose d’un seul et même organe », ce qui leur donne « un air de famille qui permet toujours de les comparer ensemble. » Précisons que l’on est à cheval sur le XVIIIème et le XIXème siècles, la classification des plantes est une nouveauté récente. Pour lui, il doit y avoir une plante primitive, originaire, une Urpflanze.
Cette Urpflanze qu’on ne peut appréhender qu’avec « les yeux de l’esprit » n’existe bien évidemment pas mais pour Goethe « les yeux de l’esprit » sont encore des yeux. L’Urpflanze a une existence sensible et spirituelle à la fois. Il voit dans ce schème dynamique une force créatrice qui peut être saisie par une intuition spécifique. On est très éloigné de la science officielle.

La métamorphose des plantes GoetheCar Goethe tombe là dans un profond mysticisme et se rend victime d’une illusion. Le reproche qu’il fait aux mathématiques, il ne le retourne pas contre lui. Par sa théorie sur les plantes, l’Urpflanze, il recoure au type et à la métamorphose, non à la tautologie mathématique qu’il exècre.
Goethe semble s’être appuyé sur ses prédécesseurs. Buffon écrivait vers la moitié du XVIIIème siècle « Il y a dans la nature un prototype général dans chaque espèce sur lequel chaque individu est modelé, mais qui semble, en se réalisant, s’altérer ou se perfectionner par les circonstance. » A la même époque, Diderot posait cette question : « Ne croirait-on pas volontiers qu’il n’y a jamais eu qu’un premier animal, prototype de tous les animaux, dont la nature n’a fait qu’allonger, raccourcir, transformer, multiplier, oblitérer certains organes ? » Le type correspond pour Goethe à l’unité d’organisation manifestée par les diverses plantes ; la métamorphose, corrélativement, rend compte des diverses variations constatées. Le fin de sa théorie repose sur le fait que toute plante est la répétition d’un même organe.
Si par commodité on peut dire que chaque organe du végétal est une feuille modifiée, pour Goethe, la feuille elle-même est le fruit de la métamorphose d’on organe primitif. Ces explications de la métamorphose frise le ridicule pour le biologiste moderne : il prétend que les formes végétales dépendent de contractions et d’expansions que subissent successivement les plantes au cours de leur développement. Il donne également un rôle au milieu dans ce phénomène.
Plus obscures encore ses suppositions quant à des tendances à l’œuvre dans les végétaux, verticale et spirale « toujours et éternellement conjointes ; en parfait équilibre, [ces tendances] produisent ce qu’il y a de plus parfait dans la croissance. » De quoi séduire bien des rêveurs mais pas de quoi nourrir la connaissance « exacte ». Mais Goethe n’a pas laissé qu’un souvenir extravagant.

Anatomie comparée des membres antérieursIl est l’inventeur du mot « morphologie » et c’est lui qui a conseillé la méthode comparative. Sa grande réussite a été la découverte de l’os intermaxillaire chez l’homme, os recherché ou contesté depuis le XVIème siècle. Nul ne voyait cet os fusionné avec le reste mais lui l’a mis en évidence.
Son autre découverte que confirmera plus tard Kielmeyer (c’est moi lol) : les os du crâne sont un ensemble de vertèbres transformées. Cette intuition lui vient de sa théorie des métamorphoses des plantes (voir plus haut l’organe originaire et répété).
Chacun, depuis cette proposition faite par Goethe, donnait sa version quant au nombre des vertèbres soudées constituant le crâne humain. Goethe pense que « la tête du mammifère se compose de six vertèbres » : « Il y a trois vertèbres pour la partie postérieure renfermant comme le trésor cérébral et les terminaisons de la vie […] ; trois vertèbres formant la partie antérieure qui s’ouvre en présence du monde extérieur, le saisit et le comprend. » Goethe ne peut s’empêcher certaines allégories mais n’a pas a avoir honte de sa contribution à l’anatomie comparée.

Catastrophe de TchernobylOn peut lui reprocher son attitude par trop alchimiste mais il a également esquissé une critique de la science, prélude à l’épistémologie. Pierre Thuillier, épistémologue de métier, nous livre le message essentiel de Goethe : « son refus d’une science obsédée par les mathématiques, son refus d’une science qui construit un arrière-monde désincarné, son refus d’une science dont les sujets doivent se nier en temps que sujets historiques. »
Le projet scientifique dénoncé comme « projet de domination », la mathématique présupposant toute une métaphysique elle aussi, Goethe s’en inquiétait sûrement et devait pressentir quelque catastrophe à venir : « On ne s’imagine pas tout ce qu’il y a de mort et de meurtrier dans les sciences. » Il retrouverait aujourd’hui son inspiration dans les combats d’écologistes.
On peut faire un procès à la science, au risque de passer pour obscurantiste, mais on peut se poser ces questions : la science orthodoxe est-elle le plus haut savoir ? L’indien d’Amazonie, du fin fond de sa jungle natale, ne sait-il rien ou moins que le chercheur en physique fondamentale ? A-t-il besoin de chiffres pour faire un arc efficace et savoir pêcher son piranha ? Est-il condamné plus que l’occidental à la disparition ?

Karl PearsonGoethe n’a pas compris l’objectivité scientifique qui repose sur la rétraction du sujet individuel comme Pearson l’a décrite. Il tient absolument à impliquer le sujet dans le processus scientifique, sujet qui se construit lui-même dans ce processus et construit en même temps le monde qui l’entoure. Le sujet devient finalement ce qu’il croit voir, il devient le fruit de son imagination. Mais ce n’est pas de la science.

LIRE : ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, Nicolas Class enseigne la philosophie en lycée. L’auteur rédige une thèse sur la cosmologie de Goethe

2 réponses vers “GOETHE L’HERESIARQUE”

  1. Goethe n’aurait-il pas, sans doute maladroitement, compris la nécessité de placer la science au coeur du monde, dans un tout ? Car la science, à force de disséquer, d’isoler, d’extraire pour mieux se centrer sur son sujet, ne finit-elle pas par s’isoler du reste et se laver les mains des conséquences que peuvent induire telle ou telle découverte une fois celles-ci replacées dans le mouvement du monde ?
    Vagues questions comme ça en passant, après une lecture de découverte que je ne peux pas approfondir beaucoup plus ce soir, crevé que je suis.
    Beau boulot, en tout cas !

    • Goethe était un rêveur, il aimait avec ses tripes, la vie, les humains, les êtres vivants, les « choses » du règne minéral auquel il attribuait des vertus, et le cosmos en général. Sa vison est en effet holistique et la science, qui ne peut être autre que ce qu’elle est depuis Galilée, Descartes et Newton, refuse une vision d’ensemble dans l’étude du particulier. C’est parce qu’elle procède ainsi singulièrement qu’elle réussi mieux que le mystique, tout au moins en occident.

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